Quel avenir pour les Fashion Weeks à l’ère du digital ?

Deux expertes de la mode virtuelle analysent l’impact du digital sur la mode, de l’achat au storytelling.

L’avenir des fashion weeks est-il digital ? C’est en tout cas le pari de Danielle Loftus et Gala Marija Vrbanic, respectivement créatrices de la plateforme This Outfit Does Not Exist et de la marque virtuelle Tribute Brand. En conversation lors de la dernière édition de Premiere Classe avec LE BOOK, elles analysaient les différents leviers de consommation et d’influence qui émergent dans un paysage de plus en plus digitalisé, où l’expérience compte parfois plus que le vêtement. 

L’achat 3.0

Quel impact sur les fashion weeks ? « Il est immense, puisque les nouvelles plateformes permettent aux marques de s’adresser au consommateur sans intermédiaire » explique Danielle Loftus, qui cite les nombreuses collaborations entre des marques et des entreprises de jeux vidéo : Tommy Hilfiger et Roblox, ou Fortnite et Balenciaga. 


Pourquoi ça marche ? Parce que ces partenariats permettent à un jeune public d’accéder à l’univers d’une marque de luxe, à moindre cout, de la même manière qu’une ligne de maquillage ou, récemment, qu’un café brandé.

« Le digital permet aussi aux marques de rester compétitives face à la vélocité de la fast fashion. L’achat en live ou le See Now Buy Now ont le mérite de rendre la mode accessible avant que la copie n’arrive. »

Le storytelling 3.0

Dans ce contexte, les interactions immersives pourraient bien supplanter le visionnage passif d’un défilé ou d’une présentation. Chez des marques comme Anrealage ou Coperni, dont les vêtements se transforment à même le catwalk grâce à des prouesses technologiques, le récit de marque s’écrit à même le digital. De simple médium, il devient un langage à part entière.


« Le principe de Tribute Brand est d’explorer ces nouvelles possibilités, explique Gala Marija Vrbanic, devenue experte dans l’art de brouiller les frontières entre réel et virtuel. Elle n’hésite pas à présenter ses collections sur des hologrammes ou sur Fortnite, et commercialise ses vêtements de deux façons : une version textile classique, et une forme virtuelle, qui habillera ses clientes lorsqu’elles se prennent en photo.

Le capital social 3.0

« Pourquoi s’encombrer de l’enveloppe physique, puisque le but est d’être visible sur Instagram ? » s’amuse Danielle Loftus. « D’ailleurs, plus les marques ciblent les jeunes acheteurs, plus les célébrités ‘internet natives’ deviennent influentes. » Comme les rappeurs d’internet Nettspend et Fake Mink, récemment invités à défiler pour Gucci.


Un virage de taille pour le luxe, qui s’éloigne ainsi du tout-exclusif pour accueillir un tout nouveau public.


« Avant, les fashion weeks étaient destinées aux acheteurs. Aujourd’hui, elles sont destinées à la masse. » résume Danielle Loftus. Et deviennent des outils digitaux à part entière, pour bâtir des communautés toujours plus grandes et toujours plus influentes.



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