L’artisanat sera le luxe de demain
Trois actrices de l’artisanat français se sont réunies lors d’une conférence Premiere Classe x LE BOOK, pour discuter de l’importance des métiers d’art pour l’avenir du luxe.
En 2025, le marché du luxe a connu sa première contraction depuis la crise sanitaire, avec une baisse de 2 %. En France comme aux États-Unis, plus de 70% des clients du secteur considèrent ses prix trop élevés par rapport à la qualité des produits. « C’est un signal d’alarme », avertit Claire Drevon, directrice du département Luxe et Beauté de l’institut de sondages Ipsos. « Nous vivons une crise de confiance, le luxe doit retrouver sa valeur. »
Qu’est-ce qui motive l’achat de produits de luxe aujourd’hui ?
Dans les derniers sondages Ipsos, 82 % des personnes interrogées évoquent la qualité et l’excellence, 73 % l’exclusivité et 79 % l’artisanat, qui reste un socle fondateur de l’achat. « La valorisation de l’artisanat d’excellence transcende tout, de façon universelle, poursuit Claire Drevon. Il nourrit l’héritage et la narration de marque, y compris chez les jeunes, qui contrairement à ce que l’on pourrait croire, sont très intéressés par l’histoire des produits. »
À l’ère de la fast fashion et de l’obsolescence programmée, le fait-main continue donc d’incarner l’excellence et l’authenticité, pour peu qu’il ouvre aux consommateurs les portes de ses coulisses.
Des métiers qui demandent à être visibles
« Les métiers d’art sont invisibles parce que pendant des années, l’industrie du luxe a considéré que les mettre en avant revenait à montrer ses secrets de fabrication » explique Bénédicte Épinay, PDG du Comité Colbert, l’organisation chargée de promouvoir le luxe à la française.
Elle constate une évolution : dans la mode, mais aussi dans des secteurs comme le design ou la cuisine, les artisans n’ont jamais été aussi visibles. Sur TikTok, le hashtag #savoirfaire lancé par le comité cumule déjà plus d’un milliard de vues, de quoi réfléchir à la nécessité de rendre l’artisanat plus visible.
Innover pour préserver les savoir-faire
Dans le centre de Paris, l’Imprimerie du Marais réunit, depuis 55 ans, tous les corps de métiers liés à l’impression, de la dorure à la sérigraphie en passant par le façonnage et le gaufrage. Pour sa directrice générale, Claire Brugnago, c’est la transmission des savoir-faire qui permet leur continuité, à condition de les inscrire dans une démarche d’innovation.
« Innover est dans notre ADN, dit-elle. On pousse la technique au maximum en imprimant sur du cuir ou du métal, en poussant toujours plus loin les techniques d’embossage, de gaufrage, et les solutions écologiques. On cultive un réseau très solide de créateurs et d’artisans. » Refuser d’opposer technologie et artisanat a permis à l’Imprimerie du Marais de se renouveler sans cesse, et de développer un éventail presque infini de techniques.
Dans une économie où l’attention est fragmentée, l’artisanat offre alors de la profondeur et du temps long, permettant de recréer un lien de confiance et de transmission entre une marque et ses clients.
Quid des artisans de demain, à l’heure de l’intelligence artificielle ?
Bénédicte Épinay est sereine. « On ne compte plus les jeunes qui veulent se former aux métiers d’art, sans parler des adultes en reconversion. L’IA va balayer les cols blancs, mais elle ne remplacera jamais la précision du geste des artisans. »