Rencontre avec Élia Pradel, fondatrice d’Anicet
À l’occasion de Premiere Classe, nous avons rencontré Elia Pradel, fondatrice et designer d’Anicet. À travers le réemploi, la mémoire et le vivant, elle construit un univers où le bijou devient vecteur de transmission.
Entre artisanat et design, la marque explore une approche sensible et engagée de la création.
Pouvez-vous nous raconter comment Anicet a vu le jour ?
Anicet, c’est une marque, un studio que j’ai lancé il y a maintenant cinq ans et demi, avec l’idée de revaloriser des bijoux anciens ou des fins de stock de marques de luxe.
Tout est vraiment parti de quand j’étais plus jeune, où je travaillais déjà à revaloriser des bijoux anciens, et surtout de cette envie de parler de transmission, d’héritage, de mémoire, à travers nos créations.
Comment décririez-vous Anicet en trois mots ?
Si je devais décrire Anicet en trois mots, je dirais : mémoire, artisanat et contraste.
Pourquoi avoir choisi l’upcycling comme cœur de votre travail ?
L’upcycling, ou plutôt le réemploi, je préfère ce terme, a été dès le départ une motivation profonde de création.
Bien sûr pour l’aspect environnemental, écologique, qui est indéniable, mais surtout pour l’aspect mémoriel. Je trouve que quand on revalorise des pièces qui ont déjà vécu, elles portent en elles une certaine mémoire.
Que signifie le nom “Anicet” pour vous et pourquoi ce choix ?
Je l’ai lancé avec cette idée de revalorisation des matériaux et avec ce nom, Anicet, pour plusieurs raisons.
Je voulais un lien avec mes origines. J’ai grandi en Guadeloupe et c’est le deuxième nom de mon papa. J’avais envie d’un lien avec ce territoire.
C’est aussi un prénom en vieux français et, dans les matières que l’on travaille, il y a cette envie de revaloriser un patrimoine, un héritage. C’est un nom à consonance mixte. On a toujours voulu être dans cette démarche de mixité dans nos créations, et s’adresser autant à des femmes qu’à des hommes.
À quel moment commence la création d’un bijou pour vous ?
Aujourd’hui, on est structuré autour d’une collection permanente. Il y avait cette volonté de créer un vestiaire de bons basiques, qualitatifs et durables du quotidien.
On a aussi des capsules plus créatives qui nous permettent de créer des pièces uniques autour du réemploi. On y explore des thèmes qui me sont chers, souvent autour du vivant : l’eau, la flore, le bestiaire. Il y a toujours ce rapport au vivant, et c’est souvent un point de départ.
L’inspiration peut venir de la matière. Par exemple, on va construire une capsule autour de graines que j’ai trouvées en Guadeloupe. Ces graines ont une dimension symbolique forte, presque comme des graines amulettes.
Parfois, cela peut partir d’une photo d’archives ou d’époque. Récemment, j’ai regardé un reportage sur Frida Kahlo — j’ai vécu au Mexique et c’est une artiste qui m’inspire beaucoup. Ses bijoux pourraient être le point de départ d’une future collection.
Mais il y a toujours une histoire. Toujours autour du vivant ou de matières naturelles.
Comment choisissez-vous les pièces anciennes à réinterpréter ?
Dans notre travail, il y a beaucoup cette idée de jeu, de contraste, de maille, de forme. Le travail autour du maillage est très présent.
C’est important pour nous d’utiliser ce médium pour parler de nos histoires, des histoires de vie.
En quoi l’upcycling peut-il transformer le secteur du bijou ?
Historiquement, on a toujours réemployé des anciens bijoux, souvent par la fonte.
Ce qui a été apporté plus récemment, c’est une approche autour de la composition et de l’assemblage, même si cela avait déjà été fait par d’autres artistes ou créateurs.
Au départ, on était peu sur ce créneau, donc c’est intéressant de voir l’engouement autour du réemploi.
Il y a des contraintes réelles qui nous ont fait restructurer notre modèle en proposant des capsules qui conservent fortement cette dimension upcyclée. Nos collections permanentes conservent aussi un pourcentage de pièces réemployées.
Grandir en conservant pleinement l’upcycling est aujourd’hui compliqué. Il faut trouver le bon modèle.
Que signifie produire « moins mais mieux » pour vous ?
Dans notre approche, il y a cette envie de proposer des pièces de qualité que l’on peut, je l’espère, garder longtemps.
Produire en quantité raisonnable, choisir soigneusement les partenaires avec lesquels on travaille : c’est une manière d’inscrire la création dans la durée.
Quels sont les prochains grands projets pour Anicet ?
On développe un volet de collaborations important. On en a déjà fait autour de capsules ou d’ateliers d’upcycling, avec des grandes maisons, en utilisant leurs fins de stock ou leur dead stock. On a aussi collaboré avec des designers émergents de mode. Pour cette année, il y en aura de nouvelles.
En 2026, on sera sur Première Classe grâce au Grand Prix de la Création de la Ville de Paris. On pourra présenter notre collection permanente et une capsule hiver. On part aussi à Tokyo pour présenter cette collection.
On va aussi s’installer dans un nouvel atelier pérenne, un écrin où nos clients pourront venir essayer les pièces, prendre rendez-vous pour du sur-mesure et nous rencontrer.
Plus globalement, j’espère poursuivre le développement de la marque autour de ses différents piliers. La dimension bijou est essentielle, mais aussi la dimension design artistique. Les mondes sont poreux. Cette fluidité entre la mode, le design, l’artisanat et le monde de l’art est importante.
Sur Premiere Classe, j’espère développer de nouvelles collaborations avec des acteurs français et internationaux.